Robert Badinter ou l’art de la rhétorique

Robert Bad­in­ter, avo­cat pas­sion­né et min­istre de la Jus­tice emblé­ma­tique, n’est pas seule­ment l’ar­ti­san de l’abo­li­tion de la peine de mort en France ; il est aus­si l’un des plus grands ora­teurs de la Ve République. Par son dis­cours his­torique et sa maîtrise unique de la parole, il a con­ver­ti un com­bat moral en un tri­om­phe poli­tique et human­iste. Com­pren­dre son art de con­va­in­cre, comme il le révèle dans une inter­view pré­cieuse, c’est décou­vrir les clés de la rhé­torique qui émeut, per­suade, et trans­forme la société.

Robert Bad­in­ter : L’o­ra­teur de la jus­tice
Robert Bad­in­ter, fig­ure emblé­ma­tique de la Ve République, fut min­istre de la Jus­tice sous François Mit­ter­rand et l’ar­ti­san prin­ci­pal de l’abo­li­tion de la peine de mort en France en 1981. Avo­cat engagé con­tre cette pra­tique dès les années 1950, il trans­for­ma son com­bat per­son­nel en vic­toire lég­isla­tive grâce à un dis­cours his­torique pronon­cé le 17 sep­tem­bre 1981 à l’Assem­blée nationale. Sa rhé­torique, mêlant rai­son, émo­tion et prosodie dra­ma­tique, mar­qua les esprits et inspi­ra des généra­tions.



Dis­cours his­torique con­tre la peine de mort
Le 17 sep­tem­bre 1981, Bad­in­ter déclare : « J’ai l’hon­neur, au nom du Gou­verne­ment de la République, de deman­der à l’Assem­blée nationale l’abo­li­tion de la peine de mort en France ». Ce dis­cours inté­gral, restau­ré en 2025 par l’I­NA, démon­tre l’ab­sence de dis­sua­sion de la peine cap­i­tale et refuse une « jus­tice qui tue », adop­tée le lende­main par les députés. Voici un extrait sig­ni­fi­catif en vidéo (autres vidéos en fin de page) :

Extrait du dis­cours (ver­sion texte) sur le site de l’assem­blée nationale

L’art de con­va­in­cre selon Bad­in­ter

Dans l’in­ter­view analysée par Clé­ment Vik­torovitch sur Clique (CANAL+), Bad­in­ter révèle sa méth­ode rhé­torique : avant de con­va­in­cre, inter­ro­gez-vous sur « ce que [l’au­di­toire] attend que je dise » et adaptez vos argu­ments à leurs préoc­cu­pa­tions. Vik­torovitch souligne que les argu­ments n’ex­is­tent pas en absolu, mais en effi­cac­ité rel­a­tive à l’au­di­toire : par exem­ple, par­lez d’émis­sions de CO2 à un écol­o­giste ou de san­té à un sportif. Cette vidéo met en lumière sa prosodie – alter­nance de rythmes rapides/lents et vol­umes pianissimo/fortissimo – illus­trée par des extraits de plaidoiries et du dis­cours de 1981. Vision­nez-la ici :


Héritage et style ora­toire
Bad­in­ter con­ser­va jusqu’au bout cette « sig­na­ture ora­toire » : un « vis­age nu », authen­tique, s’adres­sant « comme un homme » pour touch­er au-delà de la rai­son. Son influ­ence per­dure, comme en témoigne l’hom­mage d’Amnesty Inter­na­tion­al sur son rôle dans l’abo­li­tion mon­di­ale (cf cet arti­cle). Gar­di­en des droits humains, il incar­na une élo­quence au ser­vice de la dig­nité.



Ver­sion courte, jour­nal télévisé

Ver­sion inté­grale restau­rée